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Agent commercial : faut-il vraiment négocier les prix ?

Une idée reçue profondément ancrée

Pendant longtemps, une idée a dominé la pratique :
pour être qualifié d’agent commercial, il fallait disposer d’un véritable pouvoir de négociation, notamment sur les prix et les conditions de vente.

De nombreux contrats ont ainsi été exclus du statut au motif que l’intermédiaire ne faisait « que vendre » des produits à des conditions prédéterminées.

L’arrêt rendu par la Cour de cassation le 2 décembre 2020 est venu bouleverser cette approche.


1. Les faits : un agent sans pouvoir sur les prix

Dans cette affaire, un professionnel collaborait depuis plusieurs années avec la société Éditions Atlas, dans le cadre d’un contrat de prospection commerciale.

Son rôle consistait à :

  • présenter les produits aux clients,
  • identifier leurs besoins,
  • les convaincre de souscrire,
  • transmettre les commandes au mandant.

En revanche, il ne disposait d’aucune marge de manœuvre sur :

  • les prix,
  • les remises,
  • les modalités de paiement,
  • ni les conditions générales de vente.

À la suite de la rupture du contrat, il a sollicité l’indemnité prévue par le statut d’agent commercial.


2. La position de la cour d’appel : une lecture restrictive

La cour d’appel de Paris a refusé de lui reconnaître la qualité d’agent commercial.

Selon elle, l’absence de pouvoir de négociation sur les prix excluait toute qualification d’agent commercial.
Elle estimait que l’intéressé ne faisait que promouvoir les produits sans pouvoir intervenir réellement dans la formation du contrat.

Cette analyse s’inscrivait dans une jurisprudence ancienne, très exigeante sur la notion de négociation.


3. La cassation : une redéfinition de la notion de négociation

La Cour de cassation casse cette décision de manière très claire.

Elle rappelle d’abord que l’article L.134-1 du code de commerce, issu de la directive européenne 86/653, définit l’agent commercial comme celui qui :

« négocie et éventuellement conclut des contrats au nom et pour le compte du mandant ».

Mais surtout, elle précise que la négociation ne se limite pas à la fixation des prix.

En s’appuyant sur la jurisprudence européenne (CJUE, 4 juin 2020, Trendsetteuse), la Cour affirme qu’un agent peut être qualifié comme tel même s’il ne dispose pas du pouvoir de modifier les tarifs, dès lors qu’il joue un rôle actif dans le processus de conclusion du contrat.

Autrement dit, la négociation s’entend désormais comme :

  • la recherche de clients,
  • la présentation de l’offre,
  • l’adaptation du discours commercial,
  • la conviction du client,
  • la participation effective à la conclusion de l’opération.

4. Une portée pratique considérable

Cette décision élargit considérablement le champ du statut d’agent commercial.

De nombreux professionnels jusqu’alors qualifiés d’« apporteurs d’affaires » ou de simples commerciaux peuvent, en réalité, relever du statut protecteur de l’agent commercial.

Cela implique notamment :

  • un droit à indemnité de fin de contrat,
  • une protection accrue en cas de rupture,
  • l’application du régime d’ordre public du Code de commerce.

Autrement dit, le contenu réel de la mission prime sur les mots du contrat.


5. Un risque juridique majeur pour les entreprises

Pour les entreprises, cette décision constitue un signal fort.

Un contrat qualifié d’« apport d’affaires » ne protège pas contre une requalification si, dans les faits, la personne participe activement à la négociation commerciale.

Le risque n’est donc pas théorique : il peut se traduire par une condamnation à verser une indemnité de rupture parfois très élevée.


6. Une lecture indispensable avant toute rédaction contractuelle

Cet arrêt montre que la frontière entre agent commercial et apporteur d’affaires ne se trace pas par une clause, mais par la réalité des missions confiées.

Avant de rédiger ou de signer un contrat, il est donc indispensable :

  • d’analyser concrètement les tâches confiées,
  • de mesurer le degré d’autonomie laissé à l’intermédiaire,
  • et d’anticiper les conséquences juridiques d’une éventuelle requalification.

Conclusion – Une jurisprudence structurante

L’arrêt du 2 décembre 2020 marque une étape décisive dans la protection des agents commerciaux.

Il rappelle que le droit ne s’arrête pas aux mots du contrat, mais s’attache à la réalité économique de la relation.

Pour les entreprises comme pour les intermédiaires, ignorer cette évolution revient à prendre un risque juridique majeur.


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