Dans le contexte d’un divorce, voir ses enfants en difficulté est l’une des situations les plus douloureuses pour un parent.
Quelle est l’une des choses les plus difficiles que j’ai dû comprendre dans ma relation avec mon fils ?
Indéniablement, c’est d’accepter de le voir en difficulté et dans ce moment-là, d’être capable de l’écouter sans chercher à résoudre ses problèmes.
Et pourtant la réaction de nombreux parents est innée : trouver une solution.
La réaction naturelle des parents : vouloir régler immédiatement le problème
Dès que je l’ai vu, j’ai compris que ça n’allait pas et qu’il était stressé. Comme beaucoup d’étudiants préparant le BAC, il était déçu et stressé par un examen de mathématique qui s’était mal passé.
« Je crois que j’ai raté mon exam, ce prof est nul, il explique rien. »
À partir de là, il s’est lancé dans une longue explication sur les raisons de son échec.
Et même si je savais que ce n’était pas la chose à faire, j’ai commencé ce qu’il ne fallait absolument pas faire. Pour chaque raison avancée, j’ai trouvé une solution.
Après tout, à quoi servent les parents s’ils ne servent pas à protéger leurs enfants ?
Mes brillantes suggestions ressemblaient à :
● « Je peux te trouver un prof de math en cours particulier »
● « Tu devrais peut-être interroger le prof dès que tu ne comprends pas »
● « Je peux demander à mon pote Julien de relire ta copie pour voir comment t’améliorer »
Et pendant tout ce temps où je cherchais à résoudre la situation, une petite pointe de culpabilité commençait à s’enfoncer sournoisement dans mon esprit.
Vous voyez de quoi je parle ?
La petite voix qui dit : « Qu’est-ce que j’ai bien pu louper, pourquoi je n’ai pas vu venir le problème arriver, est-ce que je n’aurais pas dû lui donner un prof particulier plus tôt, je savais que cette année allait être dure pour lui… »
Et la culpabilité a laissé place à un sentiment d’échec parental.
Mais voilà : plus j’essayais de résoudre le problème, plus il s’énervait et a fini par dire le fameux :
« Tu ne comprends vraiment rien. »
Mettre fin à la discussion ainsi était assez pathétique, avouons-le.
Une approche différente : valider les émotions plutôt que trouver des solutions
Ce qui est embarrassant, c’est que je passe une bonne partie de mon temps à écouter les problèmes de mes clients en restant professionnel, mais lorsqu’il s’agit de mon fils, je ne réagis pas toujours comme il faut.
La fois suivante (cette fois-ci, c’était le devoir de physique), j’ai essayé une approche différente :
« Ça a l’air vraiment compliqué ce que tu fais, et j’ai vu que tu avais vraiment travaillé… Consacrer autant de temps et ne pas réussir, ça doit être frustrant. »
Et j’ai ressenti un gros soulagement de sa part.
Quelle leçon tirer de tout ça ?
Voir ses enfants en position d’échec ou de souffrance — qu’ils soient tout petits ou plus grands que vous — est un arrache-cœur. On peut se sentir impuissant, et quand cela arrive, le sentiment de culpabilité n’est jamais loin.
Et c’est encore plus vrai en cas de séparation ou de divorce. Le sentiment de culpabilité est très présent.
Peut-être vous sentez-vous coupable du fait que la coparentalité se passe mal ou que les enfants soient trimballés d’un foyer à un autre… Vous avez cent raisons de vous sentir mal à l’aise.
Comment faire face à la culpabilité et accompagner nos enfants en difficulté pendant le divorce
Après cette expérience personnelle, avançons vers une réalité que vivent de nombreux parents séparés ou divorcés.
Le divorce ou la séparation amène son lot de situations où vous trouverez votre enfant en échec ou en souffrance.
En tant que parents, nous tombons parfois dans le piège de vouloir immédiatement apaiser les sentiments négatifs de nos enfants. Cela peut nous conduire à minimiser leur tristesse, à éviter le problème ou à transformer une situation difficile en quelque chose de positif.
Mais ces réactions, bien que bien intentionnées, peuvent leur donner le sentiment que leurs émotions ne sont pas valides.
J’ai déjà vu des parents qui, plutôt que de reconnaître que la séparation est douloureuse pour l’enfant, tentent d’ajouter une touche positive :
« C’est tellement plus chouette d’avoir deux Noëls et deux anniversaires ! »
Au lieu de chercher des solutions immédiates susceptibles d’étouffer la douleur, prenez un moment pour reconnaître leurs sentiments.
Par exemple :
● Pour un papa qui n’a pas pu assumer comme prévu son tour de garde :
→ « Je sais que tu avais hâte de voir papa. C’est difficile pour toi de devoir attendre demain. »
Au lieu de dire :
→ « Ce n’est pas grave, tu sais quoi, on va en profiter pour aller faire du paintball. »
Valider leurs émotions montre que leurs sentiments comptent. Cela les aide à naviguer à travers leurs défis avec plus de sérénité, et à savoir qu’ils peuvent s’appuyer sur vous dans les moments difficiles.
Aider son enfant à grandir
Ensuite, il faut garder à l’esprit que nos enfants rencontreront dans leur vie un nombre incalculable de situations difficiles.
Apprendre à l’enfant à reconnaître ses sentiments est un moyen de leur donner confiance en eux et de leur montrer qu’ils sont capables de surmonter des choses difficiles. Cela revient à les aider à devenir résilients.
En reconnaissant leur vérité sans chercher à la « corriger », vous les aidez à comprendre qu’ils peuvent faire face à des situations difficiles.
Cela ne signifie pas nier votre rôle de soutien, mais apprendre à équilibrer écoute et aide.
En résumé : ce que nos enfants ont vraiment besoin d’entendre
Nos enfants n’attendent pas que nous réglions tous leurs problèmes. Ils souhaitent :
- Que leurs sentiments soient reconnus.
- Savoir qu’ils ne sont pas seuls dans leurs difficultés.
- Comprendre qu’ils n’ont pas à porter le poids émotionnel de leurs parents.
- Sentir qu’ils sont capables de surmonter les défis.
Le divorce ne se limite pas à une procédure juridique.
Il bouleverse les repères, les équilibres familiaux et la sécurité émotionnelle des enfants.👉 Pour mieux comprendre comment organiser une séparation en préservant les enfants, je vous invite à lire mon article sur le divorce par consentement mutuel et ses enjeux humains et juridiques.

